Sanary-Sur-Mer

Vous êtes dans : Accueil > Vivre la ville > Zoom sur ... l'Actu > Mieux vivre à Sanary > Les archives > Mieux vivre n°187 - Novembre 2014

Mieux vivre n°187 - Novembre 2014

Mieux vivre à Sanary N° 187 :

C’était une de ces belles fins d’après midi d’automne comme nous en connaissons souvent dans le midi. Dans ce petit village de Provence c’était la fête votive.
Tous les habitants s’étaient donné rendez-vous sous les micocouliers de la place centrale, en fait l’unique place.
Les uns sirotaient quelques boissons sucrées, d’autres jouaient aux cartes et les plus nombreux regardaient avec amusement, parfois admiration, ceux qui, au son du petit orchestre, bravaient la chaleur et dansaient avec une belle énergie.
Elle, de sa fenêtre dominait tout ce spectacle. Avec beaucoup de tristesse.
Elle avait été la seule institutrice du village pendant trente ans, seule secrétaire de mairie en même temps.
Aujourd’hui, jeune retraitée, très belle encore, elle avait décidé de garder son appartement au deuxième et dernier étage de la mairie.
Elle qui avait appris à lire à tous les moins de quarante ans, qui avait écouté et entendu tous les problèmes de bon nombre de mamans et de papas, était entrée involontairement dans l’intimité de toutes ces familles.
Tel un confesseur, elle avait toujours gardé le silence sur tout, s’évitant de porter le moindre jugement sur qui ou quoi que ce soit.
Secrétaire de mairie, elle avait été aussi un peu assistante sociale, psychologue, médiatrice de tant de familles et de situations difficiles.
Elle avait été en permanence à l’écoute, tendant toujours la main aux plus malheureux, les aidant toujours de son mieux.
Mais, depuis plusieurs mois, depuis qu’elle avait cessé toutes ses activités, les relations avaient beaucoup changé.
Elle avait vu des familles lui tourner le dos; elle avait subi le flot des rumeurs et des cancans, même quelques lettres et coups de téléphone anonymes.
Ce n’était pas parce qu’elle ne s’occupait plus des autres que certains s’occupaient d’elle de façon aussi malveillante.
Mais depuis sa retraite, elle qui avait apparemment vécu toujours seule s’était installée avec Claude, dans son appartement, au centre du village.
Elle avait décidé de vivre son amour pleinement et librement.
Le village fut surpris, étonné et quelquefois contrarié.
Les contrariés étaient le plus souvent ceux qui avaient été les plus aidés par elle.
Cette ingratitude lui rappelait souvent que saint Vincent de Paul disait, il y a très longtemps, aux religieux qui partaient en mission : “Il faudra vous faire pardonner le pain que vous allez donner aux pauvres”.
Mais tout avait été si violent de la part de certains, que la tentation fut grande de le leur rendre “oeil pour oeil, dent pour dent”.
La raison avait fini par l’emporter et quelquefois elle avait pensé qu’elle aurait pu tendre la joue droite après avoir été giflée sur la joue gauche. Cela les aurait peut être libérés d’une méchanceté, quelquefois d’une haine infondée, gratuite.
Oui, elle les aurait peut être calmés.
Aujourd’hui, sous la fenêtre, elle voyait tout le village.
Étaient présents aussi ceux qui l’avaient entourée, les plus fidèles, comme ceux, moins nombreux, qui n’avaient jamais fait appel à elle dans le passé. Peut-être, sûrement, avaient-ils regardé et vu tout son courage et son implication pour d’autres ? Ils lui en étaient reconnaissants. Ils lui rendaient justice.
Elle se disait pour se consoler que tous ceux là étaient aussi le fruit de son travail et de son dévouement.
Le bal battait son plein, tous, bons et méchants, vrais et faux amis dansaient ensemble “le Madison”.
Tous étaient, au-delà de leur différence, au diapason de la même mélodie.
Ceux qui avaient été bons pour elle et ceux qui avaient été très durs, partageraient la même émotion joyeuse au son d’une musique un peu surannée.
Il devait y avoir quelque chose de bon en commun chez chacun d’eux, se dit-elle.
Une forte émotion l’envahit ; elle eut brusquement envie de partager cette danse avec eux.
Était-ce le début du pardon qui l’emportait ?
Elle décida de descendre rejoindre les danseurs et partager leur danse si bien coordonnée.
Elle se glissa dans le rang et se lança dans son “Madison de la réconciliation”.
Tout à coup, l’orchestre entama une musique différente qui engendra une folle farandole ; un moment surprise, elle resta figée.
Puis constata qu’au-delà du rythme, un lien physique unissait tout le village des “dansants”. Oui, un lien physique.
Personne ne pouvait douter qu’au-delà des conflits, des fâcheries, une force liait les hommes et les femmes du village, un attachement très fort à la même communauté, quelque chose d’indéfini, d’imperceptible par tous les appareils de mesure.
Elle avait largement contribué à la réussite de ce ciment, elle ne pouvait être le chaînon manquant.
Elle ne pouvait être celle qui donnait raison aux mauvais, celle qui renonçait.
Elle se glissa dans la farandole, c’était sa façon à elle de pardonner, de laver tous les autres de leurs mauvaises pensées, de leurs mauvais mots.
Elle réduisait à néant ce mal qui occupait tout son esprit.
Elle grandissait, elle se retrouvait.
C’était sa manière à elle de porter beau sa capacité à donner, sans attendre en retour.
Oui, elle pardonnait bien plus que soixante dix fois sept fois.

Ferdinand Bernhard
Maire de Sanary-sur-Mer
Président de la Communauté de Communes Sud Sainte Baume
Conseiller Général du Var

En téléchargement                            

 

 

 

 

Coordonnées

Sanary-Sur-Mer
Place de la république CS 70001
83112 Sanary-sur-mer - Cedex - France

Tél : (+33) 4 94 32 97 00
Fax : (+33) 4 94 88 12 04

Télécharger la carte de visite (.vcf)